La traversée du pont

Publié le par Gorgonzolla

Ah, cette pluie fine qui s'abat sur la capitale en plein mois d'Aout et qui n'arrête pas de tomber... Sommes nous encore en été ou est-ce déjà l'automne? On douterait presque, n'est ce pas... Hélas, le beau temps ne se commande pas... Faut-il pour autant se résigner à la grisaille?

Tentons une expérience... Fermons les yeux et imaginons un peu..

Oui, imaginons par exemple, que vous soyez en train de vous promener...Tenez, du côté de la Seine, vers la Fontaine Saint Michel, par exemple...

Nous sommes en été...Il doit être dans les environs de 15h... Vous êtes sur la Place Saint-Michel et vous vous apprêtez à traverser le pont.

Il fait beau. Vous levez les yeux vers le ciel azuré et regardez au loin. Pas un nuage à l'horizon. Les rayons du soleil viennent vous caresser le visage et vous plissez légérement les yeux pour ne pas être ébloui.  Quelle agréable sensation, n'est ce pas?... Vous restez ainsi immobile quelques instants, le temps de sentir la chaleur du soleil vous envahir tout doucement. Vous avez alors l'impression qu'une lente regénération s'opére en vous. Un peu comme une batterie complétement à plat qui se rechargerait tout doucement...

Le temps semble avoir été suspendu. Les bruits autour de vous se font plus feutrés. Vous distinguez des sons, mais rien de bien précis. Une sensation très étrange. Un peu comme à la plage lorsqu'on sort de l'eau et qu'on a les oreilles bouchées... Finalement, ce silence ouaté est plutôt agréable et aucun bruit ne vient vous heurter...

Vous inspirez alors profondément. Puis vous maintenez votre respiration quelques instants pour expirer le plus lentement possible... Tout en sentant la chaleur du soleil vous inonder totalement, vous continuez à respirer tranquillement. Calmement et profondément. Dès la deuxième inspiration, vous sentez un frisson de bien-être vous parcourir tout le long de l'échine.

Le bleu du ciel est d'une telle intensité que vous avez envie d'en prendre une photo. Comme ça. Juste pour voir comment l'appareil restituera cette magnifique couleur. Vous sortez votre appareil photo et prenez votre cliché. Autour de vous, les gens lévent alors les yeux à leur tour. Ils scrutent le ciel mais ils ne voient pas ce que vous voyez. Car ils ne regardent pas ce que vous regardez. Ne voyant rien, ils vous dévisagent alors étrangement et s'éloignent lentement... Vous ne dites rien, mais, petite rémanence, Panurge et ses moutons ont rapidement traversé les landes de votre esprit...

Vous reprenez votre promenade et traversez le pont Saint Michel. Au milieu du pont, vous vous arrêtez pour contempler le fleuve. Quand il fait aussi beau, l'eau de la Seine est d'une magnifique couleur de jade et de toutes petites vaguelettes viennent en animer la surface. Le fleuve semble briller de mille particules d'or et vous vous amusez à regarder le scintillement de l'eau. Un spectacle qui devient rapidement très hypnotisant. Vous vous mettez alors à penser... A rêver...

D'un coup, quelque chose vous arrache subitement à votre rêverie...  D'une façon tellement fugitive que vous aurez beau chercher de quoi il s'agissait, vous ne trouverez pas ce qui a bien pu mettre un terme aussi brutal à cette si agréable rêverie...

Vous continuez alors à traverser le pont. Sur l'autre rive, vous voyez un groupe d'artistes... Un dessinateur de paysages, un caricaturiste, un portraitiste...

Les trois artistes sont asiatiques. Tout trois sont assis sur de petites chaises pliables. Le cheveux est très court, presque ras, l'oeil légérement plissé. Les trois artistes parlent entre eux dans la même langue. Ils semblent prendre beaucoup de plaisir à dessiner et rient souvent. De grandes pochettes cartonnées sont posées ici et là. Le matériel semble assez rudimentaire. A chacun sa technique... Aquarelle pour celui qui dessine les tours de Notre Dame de Paris, fusain pour le caricaturiste, crayon pour le portraitiste.

La technique du portraitiste vous impressionne beaucoup et vous restez de longues minutes à admirer l'artiste.

La main est alerte, le geste est sûr. Un trait fortement appuyé ici, une simple esquisse là. Et ce petit doigt qui vient caresser le papier pour légérement ombrer telle partie du dessin: le crayon apporte les traits, mais ce sont les mains de l'artiste qui donne tout le volume au dessin...

Vous restez de longues minutes pour voir l'oeuvre finale.

Et vous finissez de traverser le pont, avec ce brin de soleil dans le dos...

 

 

(Allez, pour terminer, une petite vidéo glanée sur le Net... C'est assez spectaculaire!)

  

 

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Publié dans Tranche de vie...

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Jerry 21/08/2007 18:28

Généralement, c'est plutôt au printemps qu'on a ce genre de moments, non? Les jours où, au sortir de l'hiver, l'air est si doux qu'on ose enfin le sentir sur la peau, qu'on se sent tout détendu, juste à la bonne température, comme un poisson dans l'eau...A part ça, j'aurais choisi un endroit un peu plus zen que la place Saint-Michel, mais bon, on doit pas avoir le même vécu en ce lieu. Pour moi, c'est l'emplacement de la plus odieuse librairie de tout le Ve ardt, et diable sait si je l'ai fréquentée trop souvent à mon goût...

Gorgonzolla 21/08/2007 19:48

Oui, ce quartier n'est pas l'endroit le plus zen de Paris.. En fait, en commençant la rédaction de ce post,  j'avais très envie de parler des dessinateurs chinois! Du coup, j'avais le choix entre Beaubourg et le pont Saint-Michel... (Ah, j'ai complétement oublié qu'il y avait aussi des dessinateurs à côté du Sacré Coeur!)
Bon, sinon, je vois bien de quelle librairie tu parles... Et je te promets qu'ne fois la page tournée, on ne la voit plus du même oeil... Ce qui est marrant, c'est de voir aujourd'hui les générations d'étudiants vivre exactement ce qu'on a vécu une dizaine d'années avant. On se dit alors que les générations précédentes ont elles aussi vécu la même expérience et que les générations à venir le vivront aussi... En somme, l'éternel recommencement de la vie...

Cinn 21/08/2007 11:41

Des moutons de Panurge auraient photographié la même chose que toi sans savoir pourquoi.Des gens pas observateurs ne t'auraient pas vu.Des gens observateurs et pas curieux t'auraient vu, mais n'auraient pas regardé.Finalement, c'est assez humain et pas si bête d'être intéressés par ce qui semble potentiellement intéressant, et d'être étonné si on ne comprend pas pourquoi ça ne l'est pas pour soi... non ?

Gorgonzolla 21/08/2007 19:32

Oui.. effectivement.. C'est humain et pas si bête... Mieux, cela dénote à la fois une certaine ouverture d'esprit et une saine humilité ... Mais dans ce cas, ils auraient du me demander ce que je photographais au lieu de s'éloigner en émettant des jugements de valeur à l'emporte pièce du genre: "Complètement frappadingue, ce type..."  Enfin bon, l'essentiel n'est pas là...