Chez le boucher...

Publié le par Gorgonzolla

Nous sommes un jeudi soir... L'heure fatidique de fermeture des commerces de quartier est largement entamée...

La boucherie semble encore animée. Allez, je tente le coup... Mon boucher, c'est quelqu'un de sympa... Il ne refusera certainement pas de servir un client retardataire...

En fait, mon boucher, c'est un boucher à l'ancienne, des bonnes joues rebondies, des cheveux poivre sel, une paire de lorgnons tenant en équilibre sur le bout du nez, et un tablier blanc toujours impeccable...

Toujours de bon conseil sur la cuisson d'une viande, on a l'eau à la bouche, juste en l'entendant évoquer des recettes toutes simples...

"Un petit bouquet garni" par ci , "une gousse d'ail" par là, "faites lentement dorer la viande", "surtout mettez bien de côté les sucs de cuisson", "avec des petites pommes de terre juste rissolées, ça ira très bien"...

Un peu à la croisée de Jean-Pierre Coffe et de Philippe Etchebest en termes d'art culinaire, c'est aussi un véritable artiste et sa dextérité à ficeler et barder un rôti est tout simplement hypnotisante...

Sauf que là, il est tard, et Père Dodu est déjà parti... et c'est Sébastien, son jeune commis, qui est en train de ranger et fermer la boutique...

"Bonsoir, ça serait encore possible d'avoir 250g de viande hachée s'il vous plait?"

Sébastien en avait fini de nettoyer et ranger l'étal et s'apprêtait à fermer la boutique.. J'imagine très bien ce qu'il est en train de se dire et m'apprête déjà à battre en retraite...

Mais Sébastien est un gentil garçon, et semble aussi serviable que son patron.. Sans mot dire, il rentre dans la pièce réfrigérée située en arrière boutique, en revient avec un bon morceau de viande rouge, et en débite plusieurs petits morceaux.

D'une main, il les introduit dans le hachoir, et de l'autre récupère sur un papier les cheveux de viande hachée qui sortent lentement de la machine...

Il pose alors le tout sur sa balance électronique, les yeux rivés sur l'afficheur...

Les chiffres défilent quelques secondes et s'immobilisent pour afficher précisément... 250g!

Le visage de Sébastien s'éclaire alors d'un coup... Il esquisse silencieusement un petit sourire.

En le regardant emballer la viande hachée, je le vois perdu dans ses pensées... A le voir sourire ainsi, j'entendrais presque ses pensées...

Je le regarde, il me regarde, je regarde la balance, il regarde la balance...

Avec un clin d'oeil complice, il me dit alors:

"Comme disait mon grand-père... Histoire sans parole..."

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