Edito

Elucubrations diverses et variées, tranches de vie, coups de gueule, coups de blues... Voilà ce que globalement vous trouverez sur ce blog qui se veut une fenêtre ouverte sur le cinéma de la vie quotidienne. Si vous voulez participer au tournage, n'hésitez pas à réagir et à laisser vos commentaires!


 

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Vue sur la Tour Eiffel

 

 


Vendredi 20 juillet 2007

Je ne sais pas pour vous, mais parfois, j'ai des images qui me reviennent brutalement à l'esprit... Des  images parfois anodines, d'une netteté plutôt incertaine... Des images enfouies profondément dans ma mémoire,  rejaillissant d'un coup... Comme ça... Sans prévenir...

Comble de l'étrange, en général, ces images repartent tout aussi rapidement... Pour ne plus jamais revenir. Etrange phénomène de rémanence faisant partie des mystères inexpliqués du fonctionnement du cerveau humain... Un peu comme si avant de s'effacer définitivement, certains souvenirs étaient ramenés en surface l'espace d'un instant.

Ce soir, une image m'est revenue... Oh, rien de grandiose, vous verrez, et comme toutes les autres images, elle va certainement disparaître à tout jamais de ma mémoire... Mais cette fois, j'ai envie de réaliser une expérience inédite... Avant que cette image ne s'efface définitivement, j'ai envie de voir si je parviens à la fixer avec des mots, de voir si je peux la retenir, la prolonger... 

Cet article doit vous sembler bien "étrange" mais je vous assure que je ne suis sous l'emprise d'aucune substance hallucinogéne! Et puis vous devez commencer à me connaître...D'ailleurs, moi aussi, je commence à vous connaître: si vous venez sur ce blog, c'est un peu aussi parce que vous êtes en quête de l'Etrange...

Bon... C'était donc il y a deux ou trois ans... Un mois d'hiver...  19h, quelque part dans la capitale... Un soir comme les autres, à l'heure de la sortie des bureaux, sur une grande artère parisienne complétement congestionnée... Il fait déjà sombre et comme tous les soirs à cette heure, les voitures sont pratiquement à l'arrêt sur ce boulevard...

Les agents chargés de réguler le flot de voitures semblent débordés... L'un d'entre eux gesticule énergiquement pour faire reculer cet automobiliste bloquant le carrefour avec sa Twingo jaune citron en panne... Un autre fait des gros yeux à cette jeune conductrice qui a sciemment grillé sciemment le feu rouge et qui prend de faux airs d'ingénue pour se faire pardonner... Deux autres pandores font de grands gestes dans le vide, scandant à coups de sifflet l'étrange ballet de voitures qu'ils sont en train d'orchestrer...

Rajoutez à cela les coups de klaxons intempestifs et le décor est planté: vous vivez en direct un grand classique de la vie parisienne, la scène de l'embouteillage de 19h...

Seul dans son couloir, le bus remonte lentement la file de voitures à l'arrêt... A son bord, des passagers qui se disent qu'ils ont été bien inspirés de laisser leur voiture chez eux ce matin...

Ces deux là, assis face à face, ont le regard vague. Ils semblent complétement en contemplation devant ce magma de voitures en phase de solidification.

Un jeune homme hoche machinalement la tête. Au volume du son s'échappant de ses écouteurs, gageons qu'il devra bientôt prendre rendez vous chez son ORL...

Que cherche donc ce vieux monsieur scrutant avec tant d'attention la rubrique nécrologique du Figaro?

Et cette jeune femme à l'air triste assise juste à côté, à quoi peut elle bien penser?

En face de moi, une jeune maman est en train de ramasser les affaires que son bébé a laissé tomber. Doudou, têtine, etc, le charmant bambin a tout jeté par terre avec un petit air rigolard... De sa poussette, il  me fait des risettes... Du regard, je joue à cache-cache avec lui, clignant discrétement d'un oeil, puis de l'autre... Il a compris le jeu, m'imite et me sourit.

"Arrêt demandé".. Le bus ralentit et ouvre ses portes. Le passionné de musique électronique bouscule tout le monde pour descendre. Le vieux monsieur semble toujours vouloir apprendre  par coeur le carnet du Figaro. Le bus redémarre.

Un téléphone vibre. L'espace d'un instant, les voyageurs se regardent les uns les autres. La jeune femmme à l'air triste réalise soudain que c'est le sien. Elle fouille longuement dans son sac, trouve enfin son téléphone... Un SMS!  Elle appuie sur quelques touches de son téléphone...  "Menu"... "Messages"... "Lire"...   Ca y est, elle doit être en train de lire le contenu du message, car son visage semble tout à coup s'éclairer... Elle relit attentivement le texto... Je crois discerner un léger sourire sur ses lévres. La jeune femme verrouille son clavier tout en gardant son téléphone à la main. Le regard interrogateur qu'elle promène de gauche à droite semble indiquer qu'elle réfléchit à quelle va être sa réponse.

Une minute plus tard, elle déverrouille son clavier, relit le texto, reverrouille rapidement son clavier, avec toujours ce petit sourire éclairant son visage et cet air de chercher quoi répondre... Ca y est, elle a trouvé... Elle tapote rapidement sur son téléphone, efface, réécrit, semble hésiter sur un ou deux mots... "Envoyer message"... C'est parti!   Le téléphone est rangé au fin fond du sac. Mais la jeune femme n'a plus l'air triste...

Scène bien anodine me direz vous? Effectivement, oui... Bien anodine... C'est toutefois étrange que ce souvenir soit resté dans ma mémoire pendant deux ans sans que j'y repense.. C'est étrange que j'y repense aujourd'hui. C'est étrange que je me demande encore aujourd'hui quel pouvait être le contenu de ce SMS et ce que la jeune femme a répondu...

(J'ai bien quelques pistes qui me viennent à l'esprit  mais bon, si vous, vous en avez de votre côté, soyez gentils et faites passer... Merci..)

 

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par Gorgonzolla publié dans : Tranche de vie... commentaires (6)    ajouter un commentaire
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Commentaires

Excellent post!! En lisant on a l'impression de vivre la scene!

commentaire n° : 1 posté par : Grenouille le: 20/07/2007 15:54:03
Ahem...
J'ai comme l'impression que quelqu'un fait de la pub pour un opérateur de téléphonie mobile...

Mais sinon, c'est vraiment chouette à lire, quand tu racontes de petites tranches de vie comme ça.
commentaire n° : 2 posté par : personne le: 23/07/2007 21:06:33

Si tu aimes bien les tranches de vie,  il y a un film qui sera projeté samedi prochain place des Vosges, dans le cadre du Cinéma au clair de Lune...  Une projection d'un film que j'ai bien aimé...  "Reines d'un jour"...  Karin Viard y est très bien.. (comme d'habitude!)

Pas de chance, je vais rater cette projection... Mais je la recommande à tous!

réponse de : Gorgonzolla (site web) le: 07/08/2007 22:13:02
ça m'a fait repenser à plein de scènes, ton récit... Par exemple à un certain "Paris la nuit bouge comme un crapaud mort, mais je t'aime très fort" qui m'avait sourire de toutes mes dents de souris.
Alors sur le contenu du sms reçu par la jeune femme, je ne me prononcerai pas, mais quand on aime il en faut peu pour qu'un petit signe fasse naître le soleil de l'intérieur.
commentaire n° : 3 posté par : La souris blonde (site web) le: 30/07/2007 17:19:14

A noter dans mon petit carnet... Les souris sont elles aussi sujettes aux phénomènes de rémanence...  Merci d'avoir partagé ce sourire avec nous, gentille Souris...

réponse de : Gorgonzolla (site web) le: 30/07/2007 21:35:50
Un bien joli post qui m'a rappelé, moi aussi, de nombreuses petites scènes semblables... Notamment une qui m'est particulièrement précieuse – un texto, comme un appel d'air, reçu d'un ami liégeois, alors que je me morfondais dans un bus au plus profond de la nuit (hivernale) finlandaise, et qui disait simplement "je me passe la BO de Velvet Godmine et plane en pensant à toi avec qui j'aimerais tant écouter de la musique"...
J'ai beau être souvent agacée par les portables, il y a des moments, comme ça...

Pour la petite histoire, le message a depuis disparu de mon téléphone (suite à une manipulation accidentelle), mais le souvenir, bien évidemment, reste gravé dans un coin de ma tête et remonte à la surface, de temps à autre, pour venir me réchauffer le coeur. Merci, Marquis, de l'avoir ainsi fait remonter. :)
commentaire n° : 4 posté par : bystrouska (site web) le: 31/07/2007 01:15:57

Finalement, au delà du simple outil de communication, le texto, c'est tout un art...

Faire ressentir une émotion par le biais d'un nombre limité de caractères n'est pas une chose aisée...  Il faut savoir jouer sur  les mots, la ponctuation, les intonations, les associations d'idées, et tout plein d'autres choses..

Merci Bystrouska de nous avoir raconté la scène vécue du côté de la jeune femme...

réponse de : Gorgonzolla (site web) le: 31/07/2007 19:31:34
Au fait, ça veut dire quoi, rémanence?
commentaire n° : 5 posté par : La souris blonde (site web) le: 31/07/2007 22:54:11

En optique, on parle de rémanence pour décrire les phénomènes de persistance d'image..  Une image qui existe toujours virtuellement quelque part, mais qui en réalité a déjà disparu..

Après consultation de mon ami Gougueule, voici une définition assez cocasse de la rémanence par François Rollin (France Culture, L'oeil du Larynx)

REMANENCE...


Mes chers compatriotes,


Manta, Manence, Opaje, et Dubusse, ce sont là les quatre espèces les plus répandues de la raie, poisson cartilagineux sélacien au corps aplati en losange, à grandes nageoires pectorales, à queue hérissée de piquants et à la chair délicate. La raie Manta, la rémanence, l’aréopage, et l’arrêt du bus. C’est ainsi que je comptais ouvrir ma plaidoirie de ce jour visant à sauver de l’oubli le mot « rémanence », mais je suis l’objet d’un rappel à l’ordre émanant, et non pas rémanent, émanant du Comité de Répression des Calembours Lamentables. Je ne m’étendrai donc pas davantage sur la raie Colt, également appelée raie Volver, je ne vous dirai pas, car j’affectionne la prétérition, je ne vous dirai pas comment sur la glace la raie glisse et comment sur la pierre la raie ponce.


La rémanence est un joli mot, comme beaucoup de mots qui se terminent en ence, e-n-c-e, évanescence, adolescence, efflorescence, marcescense, la grand-mère d’immarcescible, le fameux casse-pieds qui tente de forcer ma porte,… quintessence, incandescence, réminiscence, et… tasse à thé, qui elle aussi se termine en anse… Ah, nouveau rappel à l’ordre du CRCL,… je disais donc que rémanence est un joli mot pour désigner un fait très charmant : la persistance partielle d’un phénomène après disparition de sa cause. En particulier, c’est la persistance d’une impression lumineuse sur la rétine après disparition de l’image qui l’a produite, c’est cette rémanence qui fonde le cinématographe. Autre exemple, un peu plus compliqué : les jours, et la lumière de ces jours, qui témoigne de mon existence… les jours s’en vont, et moi, je continue cependant d’exister. Les jours s’en vont, je demeure, vous connaissez le poème. Alors ouvrez grandes vos oreilles, vous n’entendrez pas tous les jours la vraie voix du vrai Guillaume Apollinaire. La qualité technique est approximative, c’est parce que la gravure dans le vinyle n’est pas rémanente…
(…).
Merci Guillaume.

Afin d’offrir au joli de mot de rémanence un espace à sa mesure dans nos conversations, je propose d’en élargir, sans violence, le sens.


Par exemple : mon voisin est venu me bassiner tout à l’heure avec des problèmes de mur mitoyen, et ça m’a énervé. A présent, mon voisin est parti, il a disparu de chez moi, et pourtant je suis toujours énervé : c’est de la rémanence.
Bernard est timoré à cause de sa mère qui n’avait pas confiance en lui. La mère de Bernard est morte, mais Bernard demeure timoré : cas flagrant de rémanence.
J’ai perdu mes clés l’an dernier à cause de ma myopie. Depuis, je me suis acheté des lunettes. La cause a donc disparu, mais mes clés ne sont pas revenues : rémanence.
Sylvie est tombée amoureuse d’Olivier parce qu’Olivier était beau. Trente ans plus tard, Olivier est devenu moche, mais Sylvie est toujours amoureuse : rémanence encore.


Vous en saurez autant que moi, mes chers compatriotes, dès que vous aurez entendu la pittoresque saynète provençale que voici.
- Simone, je ne sais pas ce qu’il y avait avec ton gigot, mais j’ai une haleine épouvantable !
- C’est la purée d’ail, je pense…
- Eh ben c’est une sacrée cochonnerie, ta purée d’ail ! Ne me la ressers jamais !
- Pas de danger, je l’ai jetée, y en a plus !, disparue la purée d’ail !
- Je veux bien te croire, Simone, mais alors comment se fait-il que j’aie encore une haleine fétide ?
- Rémanence, mon chéri, rémanence !… Allez ! Embrasse moi…
- Maintenant ? T’es sûre ?

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Je ne vous parlerai plus de rémanence, mais j’espère que le mot vous restera. Par effet de rémanence, en somme.

La prochaine fois, nous secourrons le mot « casuistique », préparez vos consciences, toujours cette fameuse terminaison.

réponse de : Gorgonzolla (site web) le: 31/07/2007 23:38:40
Merci pour la définition, elle est succulente!
Mais je dis quand même qu'il y a comme de la discrimination dans les réponses, marquis...
commentaire n° : 6 posté par : Jerry (site web) le: 06/08/2007 21:49:26

J'espère n'avoir vexé personne!

 

réponse de : Gorgonzolla (site web) le: 07/08/2007 21:58:31

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