Elucubrations diverses et variées, tranches de vie, coups de gueule, coups de blues... Voilà ce que
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Vue sur la Tour Eiffel
C'était un mercredi soir. Un mercredi soir sur la Terre... De toute la journée, il n'avait cessé de pleuvoir... Il devait être 20h30, tout au plus. Les lampadaires venaient à peine de s'allumer et diffusaient une lumière encore blafarde et vacillante. Sur les murs et les trottoirs, les ombres des passants pressés semblaient effectuer une mystérieuse et inquiétante danse, donnant à la rue un aspect complétement fantasmagorique...
20h30, mais la boulangerie du quartier est encore éclairée... Dans la queue, un jeune homme... Il se dit qu'il a de la chance que sa boulangerie soit encore ouverte à cette heure... C'est le dernier dans la file, mais ce n'est pas grave, ce soir, il a décidé qu'il n'était pas pressé, qu'il prendrait son temps...
En attendant d'être servi, il jette un coup d'oeil amusé aux personnages en sucre qui sont dans la vitrine... Blanche Neige et les Sept Nains, une famille de poussins jaunes, un cochon tout rose en pâte d'amande, un Caliméro en chocolat...
- La boulangère (s'adressant à la personne précédant le jeune homme dans la file): "Mademoiselle, c'est à vous"...
- La demoiselle: "Je prendrais une baguette, coupée en deux, s'il vous plaît"
- La boulangère: "Ca tombe bien , il en reste une... 85 centimes s'il vous plait."
Alors qu'il est en train de se demander si Caliméro était plein ou vide, la dernière phrase prononcée par la boulangère tire tant bien que mal notre jeune homme de sa rêverie et horreur, malheur, il réalise la gravité de la situation... Mince, la dernière baguette va sans doute lui passer sous le nez... Cette baguette qu'il imaginait déjà bien dorée dehors et bien blanche à l'intérieur .... Décidément, Caliméro avait raison, la vie est vraiment trop injuste...
"Bon, ben tant pis" se dit-il...
La demoiselle cherche son porte-monnaie au fond de son sac...
- La boulangère (s'adressant au jeune homme): "Monsieur, c'est à vous"..
- Le jeune homme: "Bon...Puisqu'il ne vous reste plus de baguette... que vous reste-il d'autre, s'il vous plait?"
- La boulangère: "Il me reste du pain au levain, du pain au sésame, une miche de campagne..."
- Le jeune homme (sur le ton du Renard dans "le Renard et les Raisins") : "Va pour un pain au levain... "
- La boulangère: "Ca fera 1€30, s'il vous plait..."
Le jeune homme sort son porte-monnaie, et paie. Il s'apprête à sortir de la boulangerie avec son pain sous le bras, et aussi, il faut l'avouer, une petite pointe de déception dans l'âme, mêlée à un soupçon de frustration... (C'est un jeune homme qui ne se contrarie pas facilement d'habitude, mais là...)
D'ailleurs, il est justement en train de repenser à cette fable du Renard et des Raisins... (Bon, d'accord, ce jeune homme a aussi des associations d'idées parfois étranges, mais reconnaissez que de temps en temps, ce n'est pas une mauvaise chose de penser à ce bon vieux La Fontaine!)
C'est alors à cet instant précis que la demoiselle réalise qu'elle a oublié son porte-monnaie... Confuse, elle explique à la boulangère qu'elle n'a pas de quoi payer. Elle regarde le jeune homme d'un air désolé, semblant presque s'excuser pour le hold-up de la dernière baguette...
Les grains de raisins ont alors éclatés comme des bulles de savon et le Renard s'est mystérieusement évaporé... Notre jeune homme a alors eu un geste dont aujourd'hui encore, il s'étonne de la spontanéité... Et pour la première fois, il a offert une baguette de pain à une demoiselle...
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