Elucubrations diverses et variées, tranches de vie, coups de gueule, coups de blues... Voilà ce que
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Vue sur la Tour Eiffel
Je pensais bien me connaître mais je découvre que je suis en train de changer et je dois avouer qu'à ce stade de la transformation, ça m'effraye un petit peu quand même...
Bon, je rassure tout de suite les personnes assises au fond de la classe et qui sont en train de se marrer, non, je ne me transforme pas encore en géant vert en arrachant ma chemise et en criant "Huûûûûlkkkk" !
Je parlais en fait d'un changement plus profond, au niveau de ma personnalité...
Dans certains contes, les carrosses se transforment en citrouille. Et bien moi, je suis en train de me transformer en... coeur d'artichaut...
Mais bon, parce que les boeufs viennent toujours avant la charrue, parce qu'on ne mange pas le dessert avant les entrées et aussi parce qu'une rédaction, c'est une introduction, un développement, une conclusion et non l'inverse, il me faut commencer par vous raconter l'histoire par son commencement...
Il était une fois un jeune homme réservé qui n'osait jamais vraiment aborder les jeunes filles. (Que tout ceux qui se reconnaissent lévent la main...) Ce jeune homme n'était timide que sur ce plan là et dans la vie courante, il était au contraire volontaire et dynamique. Du coup, les personnes le connaissant, mettaient bien volontiers sur le compte de la discrétion le fait qu'il n'évoque jamais sa vie sentimentale.
Conscient de certains manques, le jeune homme ne s'en inquiétait pas pour autant et serein, il se disait : "Pas de pression, le jour où je rencontrerais vraiment la personne faite pour moi, je le sentirais et tout se fera instinctivement et naturellement, le premier pas, le deuxième pas, et puis tous les autres..."
Les années passèrent, notre jeune homme en profita pour faire des études...
Le voilà sur un campus avec tout plein d'étudiants et d'étudiantes de son âge... Dans quelques années, il rentrera dans la vie active.
Mais pour l'instant, il s'investit dans la vie associative, sèche les cours qu'il n'aime pas, repasse des examens en Septembre, proteste contre le corps enseignant, fait signer des pétitions dont aujourd'hui il rit encore. Quand il est en amphi, il passe le plus clair de son temps à faire des blagues de potache. Quand il n'y est pas, vous le trouverez à la cafette à coincher avec ses potes. Le soir, ce sont souvent des squatts organisés dans le foyer, chez lui ou chez ses potes, squatts donnant lieu à d'interminables parties de Diplomacy ou alors à des discussions sans fin, ambiance "causette de bistrot"...
(Que tout ceux qui se reconnaissent lévent l'autre main...)
Bon, de temps en temps, il étudie quand même un peu, car faut pas non plus pousser le bouchon trop loin et en école d'ingé, il faut quand même valider un minimum d'UV pour passer...
Notre jeune homme vivait donc tranquillement, refusant de se transformer, à l'instar de ses camarades du moment, en ces redoutables prédateurs de boîtes de nuit , qui une fois l'obscurité tombée, se mettent à "chasser la gazelle" de façon plus ou moins heureuse...
Il eut raison de rester fidèle à lui-même car finalement, ce qui devait arriver arriva et le jeune homme rencontra sur le campus une demoiselle dont il tomba lentement mais rapidement très amoureux. (Pas d'affolage, pour le "lentement mais rapidement", vous allez comprendre...) Elle était réservée, limite un peu timide. Les "prédateurs" la trouvaient froide, limite dédaigneuse et parce qu'elle était sérieuse et obtenait plutôt de bons résultats scolaires, elle succitait davantage l'envie et la jalousie que l'admiration et la sympathie... Le jeune homme la trouvait au contraire fort charmante mais n'osait pas l'aborder directement, peut-être aussi parce qu'il était un peu complexé par l'étiquette de cancre lui collant à la peau ...
Longtemps ils se croisèrent tous les lundis matins sur le quai du RER les emmenant sur le campus, n'échangeant en tout et pour tout que saluts et sourires... Ah, ces fameux RER bleu-blanc-rouge à deux étages, qui en dix minutes vous sortent de Paris et vous emmènent au milieu de nulle part... Un jour, elle lui expliqua pourquoi elle se mettait systématiquement au deuxième étage, à la place donnant sur le quai..."C'est pour mieux voir s'il y a des contrôleurs ou pas parce que des fois, le matin, j'ai pas le temps d'acheter mon ticket"... C'était bien la dernière personne qu'il aurait pu soupçonner prendre en fragrant délit de fraude et intérieurement, cet aveu le fit fondre complétement...
Puis vinrent les périodes de révisions. Le cancre était limite devenu sérieux, il fréquentait les bibliothèques, fouillait les archives et les compilations d'annales, à la recherche des sujets qui allaient tomber (car est-il nécessaire de le rappeler, depuis la nuit des temps, le Graal de l'étudiant moyen, c'est dénicher le sujet qui va tomber à l'exam)... Il faisait profiter Miss Timide du fruit de ses recherches. Le soir, il ne jouait plus à Diplomacy et ne coinchait plus: il passait son temps à causer avec son binôme (Binôme, si tu me lis, un grand merci à toi pour m'avoir supporté et pour avoir écouté toutes mes élucubrations) , et quand il ne discutait pas avec son binôme, notre jeune homme se mettait à plafonniser (=rester allongé sur le lit à regarder les fissures du plafond) ...
La cristallisation continuait de s'effectuer... La plafonnisation étant source d'inspiration, Miss Timide eut même droit à son petit poème anonyme (c'est quand même pratique Yahoo! pour rester incognito) ...
Hélas, l'un des grands problèmes de la plafonnisation, c'est que c'est assez incompatible avec les révisions... Les résultats scolaires du jeune homme s'en ressentirent d'ailleurs fortement... Mais il s'en fichait. Lors d'un examen, plutôt que de chercher déjà lui à s'en sortir, il préféra même aider Miss Timide en lui refilant la solution d'un exercice afin de lui éviter la septembrisation... (Avec le recul, je me rends compte que là, on est très proche des récits du Moyen Age où le Chevalier se sacrifie pour sauver sa Dame et qu'on frise presque l'Amour Courtois)...
Deux années s'étaient écoulées (Vous comprenez peut-être maintenant ce que j'entendais plus haut par "lentement mais rapidement"? ) , la fin de l'année scolaire approchait à grand pas, le Chevalier était lardé de sessions de rattrapage. Sa Dame, sauvée, pouvait s'envoler effectuer sa dernière année en Espagne... Agonisant sous les convocations aux examens de Septembre, notre Chevalier s'est alors sans vergogne transformé en vil mendiant, arpentant les couloirs et quémandant de bureau en bureau un demi point par ci, un demi point par là... Ce fut un combat de tous les jours et surtout une véritable leçon de vie, car c'est là qu'il eut à apprendre toutes les techniques des gens qui font la manche dans le métro...
Bien qu'englué dans ces considérations stressantes et bassement terre à terre et toujours sous la menace du couperet du redoublement (sanction suprême, synonyme pour tout étudiant qui se respecte, de "prolongation de peine"), notre ménestrel des temps modernes continuait pourtant à avoir des pensées autrement plus nobles. Prenant soudain conscience du fait qu'il risquait de ne plus la voir, il se décida à se dévoiler auprès de la Dame de son coeur, en glissant dans son casier un cadeau accompagné d'un petit mot...
[La suite demain, parce qu'il se fait tard... ]
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