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Vue sur la Tour Eiffel
Ce soir, je pense à mon grand-père. Des milliers de kilométres nous séparaient. J'avais une douzaine d'années quand je l'ai rencontré pour la première fois. Avant cette première rencontre, je me souviens de mes parents me faisant réguliérement écrire des lettres pour lui donner de mes nouvelles. J'écrivais, je donnais des nouvelles, ne comprenant pas bien à l'époque ce que cela pouvait bien signifier...
J'ai eu l'occasion de franchir les milliers de kilométres nous séparant. Je ne le connaissais pas et redoutais un peu cette première rencontre. Le courant est passé entre nous comme il passerait entre n'importe quel vieil homme de 70 ans n'ayant jamais vu ses petits-enfants et des petits enfants n'ayant jamais eu l'occasion de se faire chouchouter par un grand-père... J'ai eu l'occasion de le voir deux mois durant. Je me souviens que pour moi, cela a été un grand déchirement quand il m'a fallu revenir en France et le quitter. D'ailleurs, je crois bien que c'est le premier vrai gros chagrin que j'ai eu et aujourd'hui encore, je suis ému en écrivant ces lignes.
Quelque temps plus tard, gravement atteint par la maladie, il s'est doucement éteint. A l'époque, je révisais les épreuves du bac de français lorsqu'un télégramme est arrivé... (On n'était pas encore à l'heure d'internet à l'époque...) Je revois parfaitement la feuille d'écolier "petit format, grand carreaux, perforée" sur laquelle j'étais en train de recopier au stylo à plume la biographie d' "Henri Beyle, dit Stendhal" et sur laquelle une larme a éclatée comme un soleil.
Aujourd'hui encore, je refuse de regarder les photos qui ont été prises au cours des différentes cérémonies précédant son incinération.
Je me souviens m'être posé tout un tas de questions. Pourquoi ne pouvait-il pas venir en France nous rendre visite? Pourquoi les visas de sortie étaient-ils si difficiles à obtenir? Pour quelles bonnes raisons un pays pouvait il empêcher ses citoyens de voyager à l'étranger? Tout un tas de questions dont un enfant de douze ans ne peut pas vraiment comprendre les réponses ...
Une vingtaine d'années ont passé. Aujourd'hui, les conditions se sont nettement améliorées pour ce pays lointain. Les gens y circulent à peu près librement. Le pays s'ouvre progressivement à l'extérieur.
Mon grand-père a seulement eu la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment...
Le Marquis, un peu amer ce soir, et remonté contre la bêtise de certains gouvernements.
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